Publié le 15 mars 2024

En résumé :

  • Agissez dans les 72 heures : ce délai critique est votre meilleure fenêtre pour collecter des preuves et notifier formellement le déménageur.
  • Documentez tout méthodiquement : photos, vidéos, journal de bord et communications écrites transforment votre réclamation en un dossier solide.
  • Invoquez l’obligation de résultat : l’article 2037 du Code civil du Québec est votre principal levier légal pour exiger la localisation ou l’indemnisation de vos biens.

Le camion est parti, les dernières boîtes sont dans votre nouveau logement au Québec, mais un sentiment glacial vous envahit : il manque quelque chose. Un carton de livres précieux, un meuble de famille, une boîte contenant des objets de valeur. La panique s’installe, suivie par un flot de questions angoissantes. C’est une situation que trop de Québécois connaissent, un moment de vulnérabilité où chaque décision compte.

L’instinct premier est souvent d’appeler le déménageur dans un état de stress ou de se précipiter sur son contrat d’assurance. Si ces actions sont nécessaires, elles sont rarement suffisantes et souvent menées de manière désorganisée. La plupart des conseils se concentrent sur la prévention, mais que faire lorsque le mal est fait ? Le secret ne réside pas dans une réaction paniquée, mais dans l’exécution d’un protocole d’urgence quasi-chirurgical. La véritable clé n’est pas de simplement « réagir », mais de transformer le chaos en une procédure d’investigation méthodique où chaque heure est mise à profit pour construire un dossier inattaquable.

Cet article n’est pas une liste de condoléances. C’est un plan d’action de gestionnaire de crise. Nous allons détailler, étape par étape, la procédure à suivre dès la première minute de la découverte de la perte. De la qualification de la disparition à la mobilisation de vos recours légaux, en passant par l’utilisation de technologies comme le GPS du camion, vous apprendrez à transformer votre position de victime en celle d’un acteur maître de son dossier. L’objectif est simple : maximiser vos chances de récupération ou, à défaut, d’obtenir une juste et rapide indemnisation.

Pour vous guider efficacement à travers ce processus critique, cet article est structuré pour répondre à chaque étape de votre démarche. Découvrez ci-dessous le plan de bataille qui vous permettra de naviguer cette situation complexe avec méthode et confiance.

Bien perdu, volé ou simplement égaré lors de votre déménagement au Québec : comment le déterminer en 24 heures

La première réaction face à un bien manquant est souvent la panique. Pourtant, la première étape est analytique : s’agit-il d’un vol, d’une perte ou d’une simple erreur logistique ? Qualifier la nature de la disparition dans les 24 premières heures est fondamental, car cela dicte l’urgence et la nature de vos actions. Un carton intact mais manquant suggère une erreur de livraison, tandis qu’une boîte éventrée ou un objet de valeur disparu d’un carton non scellé pointe vers un vol potentiel.

Votre investigation immédiate doit être méthodique. Commencez par vérifier les zones les moins évidentes de votre ancien et nouveau logement : placards, balcons, garage. Contactez immédiatement le déménageur pour lui demander de vérifier son camion et son entrepôt. Une action rapide peut souvent résoudre un simple oubli. Parallèlement, une approche proactive avec le voisinage peut s’avérer payante. Comme le souligne l’Office de la protection du consommateur, une démarche courtoise auprès de vos voisins immédiats peut révéler une simple erreur de livraison. Une phrase simple comme « Bonjour, nous venons de déménager et il semble qu’un de nos cartons ait été livré par erreur. L’avez-vous aperçu ? » a permis à de nombreux Québécois de retrouver leurs biens.

Pour structurer votre enquête, utilisez une approche systématique. Chaque type de disparition appelle une action spécifique :

  • Boîte éventrée ou déchirée : C’est un indice de vol probable. Prenez des photos détaillées immédiatement et contactez la police locale (SPVM, SQ ou votre service municipal) pour déposer une main courante ou une plainte.
  • Carton intact mais manquant : Il s’agit probablement d’une erreur logistique. Exigez du déménageur le manifeste de livraison (bordereau d’expédition) et l’itinéraire GPS du camion pour retracer son parcours.
  • Meuble ou gros objet disparu : L’hypothèse de l’oubli dans le camion est la plus forte. Exigez une vérification immédiate du véhicule et de l’entrepôt de l’entreprise.
  • Boîte livrée à la mauvaise adresse : Une erreur de livraison est possible. En plus de contacter les voisins, demandez au déménageur la liste anonymisée des autres clients livrés le même jour pour croiser les informations.

Cette première analyse est la fondation de votre dossier. Elle vous permet de passer d’une inquiétude vague à un plan d’action ciblé, augmentant drastiquement vos chances de résolution rapide.

Les 72 heures critiques après un déménagement au Québec pour déclarer une perte et préserver vos droits

Une fois la perte constatée et qualifiée, le compte à rebours commence. Bien que la loi québécoise vous accorde un délai pouvant aller jusqu’à 60 jours pour un avis de dommage et 10 jours pour notifier une perte, la réalité opérationnelle est tout autre. Les 72 premières heures constituent une fenêtre stratégique décisive. Agir dans ce laps de temps démontre votre diligence et empêche le déménageur d’invoquer une déclaration tardive pour affaiblir votre dossier. C’est durant cette période que les souvenirs sont frais, que les traces (comme les données GPS) sont encore facilement accessibles et que votre réclamation a le plus de poids.

Votre priorité absolue est de formaliser votre réclamation par écrit. Un simple appel téléphonique ne laisse aucune trace et n’a aucune valeur légale. Vous devez créer un « journal de bord » de la réclamation, documentant chaque appel, chaque courriel et chaque interlocuteur avec la date et l’heure. Cette rigueur transforme une conversation volatile en une preuve tangible. Cet historique deviendra la colonne vertébrale de votre dossier, que ce soit pour une négociation à l’amiable, une réclamation d’assurance ou une procédure aux petites créances.

Le document le plus important à produire est la notification formelle de perte. Pour qu’elle soit inattaquable, elle doit être envoyée par courriel (pour l’horodatage) et, idéalement, par courrier recommandé (pour la preuve de réception). Ce document n’est pas une supplique, c’est un acte juridique qui met officiellement en jeu la responsabilité du transporteur.

Plan serré sur un bureau avec documents de réclamation organisés et main tenant un stylo au-dessus d'un journal de bord

Comme vous pouvez le voir, une organisation méticuleuse est votre meilleur allié. Chaque document, chaque note, renforce votre position. Pour ne rien oublier, suivez un protocole strict pour votre communication officielle.

Plan d’action : votre notification formelle en 5 étapes

  1. Envoyer un courriel dans les 24h avec l’objet : « Notification formelle de perte – Contrat n°[VotreNuméro] – Article 2037 Code civil du Québec ».
  2. Inclure la date et l’heure du déménagement, vos coordonnées complètes, le numéro de contrat et la liste la plus détaillée possible des biens manquants avec leur valeur estimée.
  3. Citer explicitement l’obligation de résultat du transporteur en vertu de l’article 2037 du Code civil du Québec, qui stipule qu’il est responsable de la perte des biens confiés.
  4. Exiger une réponse écrite sous 48 heures, incluant un plan d’action concret que l’entreprise compte mettre en œuvre pour localiser vos biens.
  5. Mettre en copie conforme (CC) votre compagnie d’assurance habitation. Cela les informe officiellement et respecte les délais de déclaration souvent prévus dans votre contrat.

En respectant cette procédure, vous ne laissez aucune place à l’ambiguïté. Vous démontrez que vous êtes un client informé, sérieux et préparé à défendre vos droits, une posture qui incite souvent à une résolution plus rapide.

Comment obtenir une indemnisation quand le déménageur québécois nie toute responsabilité dans la perte de vos biens

Malgré une notification formelle et des relances, il arrive que le déménageur nie toute responsabilité ou reste silencieux. À ce stade, l’escalade devient nécessaire. Votre objectif est de passer de la simple réclamation à l’activation de leviers de pression concrets. Le premier recours est la médiation. L’Office de la protection du consommateur (OPC) du Québec offre un service de médiation gratuit qui peut souvent débloquer la situation sans passer par les tribunaux. C’est une étape rapide et sans frais qui démontre votre volonté de trouver une solution à l’amiable.

Si la médiation échoue, la voie judiciaire s’ouvre. Pour les litiges financiers, la Division des petites créances de la Cour du Québec est votre meilleur allié. Cette cour est conçue pour être accessible sans avocat. Le processus est simplifié et les coûts sont faibles. Il est important de noter que le montant maximum récupérable sans avocat est de 15 000 $. Pour préparer votre dossier, rassemblez toutes vos preuves : contrat, inventaire, photos/vidéos des biens, journal de bord de vos communications et la notification formelle.

Étude de cas : l’avis en ligne comme accélérateur de résolution

Un cas documenté par Jurigo.ca illustre un levier de négociation moderne et efficace. Après trois semaines de silence radio de la part de son déménageur, un client a publié un avis factuel et détaillé sur Google Maps concernant ses biens disparus. L’avis incluait les dates, la chronologie des tentatives de contact et des photos des objets manquants, le tout formulé sans diffamation. En moins de 48 heures, l’entreprise, soucieuse de sa réputation en ligne, a contacté le client et proposé un règlement à l’amiable. Cette tactique, utilisée judicieusement, peut transformer l’inertie d’une entreprise en une action rapide.

Pour choisir la bonne stratégie, il est essentiel de comprendre les options qui s’offrent à vous en fonction de la valeur de votre perte.

Options de recours selon le montant de la perte au Québec
Montant de la perte Recours recommandé Délai moyen Coût
Moins de 1 500 $ Médiation avec l’OPC 2-4 semaines Gratuit
1 500 $ – 15 000 $ Cour des petites créances 3-6 mois ~100-200 $
Plus de 15 000 $ Cour du Québec (avec avocat) 12-18 mois Variable

Le refus d’un déménageur n’est pas une fin de non-recevoir. C’est le début d’une nouvelle phase de votre démarche, une phase où vous devez utiliser stratégiquement les outils que la loi et la technologie mettent à votre disposition.

Vos biens ont disparu pendant le transport au Québec : comment utiliser la géolocalisation du camion pour les retrouver

Lorsque vos biens se volatilisent entre le point de départ et l’arrivée, une question clé se pose : où le camion s’est-il arrêté ? La plupart des entreprises de déménagement modernes équipent leurs véhicules de systèmes de géolocalisation (GPS) pour optimiser leurs tournées. Cette technologie, initialement destinée à l’entreprise, peut devenir votre outil d’investigation le plus puissant. Vous avez le droit de demander l’accès à ces données, car elles sont directement liées à la prestation de service pour laquelle vous avez payé.

La demande d’accès au relevé GPS doit être faite par écrit, en s’appuyant sur la législation québécoise. Comme le rappelle une autorité en la matière, votre droit à l’information est protégé.

Les données de géolocalisation liées à votre prestation de service sont considérées comme un renseignement personnel vous concernant selon la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé.

– Commission d’accès à l’information du Québec, Guide sur la protection des renseignements personnels

Une fois le relevé GPS en main, votre travail d’analyse commence. L’objectif est de repérer des anomalies dans le parcours. Comparez l’itinéraire emprunté à l’itinéraire optimal suggéré par une application comme Google Maps. Tout détour significatif ou arrêt prolongé doit être questionné. Un arrêt de 90 minutes dans une zone industrielle non prévue sur le trajet n’est pas anodin et mérite une explication. Ces anomalies peuvent révéler un déchargement non autorisé, une erreur de livraison ou, dans le pire des cas, un acte malveillant.

Pour mener cette analyse, concentrez-vous sur des indicateurs précis :

  • Arrêts non justifiés : Cherchez les pauses de plus de 30 minutes qui ne correspondent ni à votre ancienne ni à votre nouvelle adresse.
  • Détours suspects : Identifiez les écarts de plus de 5 kilomètres par rapport à l’itinéraire le plus logique.
  • Passages en zones d’entrepôts : Vérifiez si le camion est passé par des zones de stockage ou des entrepôts qui n’ont rien à voir avec votre déménagement.
  • Arrêts nocturnes : Notez tout arrêt prolongé dans des zones résidentielles ou industrielles entre 22h et 6h.
  • Corrélation avec les pauses légales : Un arrêt d’une heure peut correspondre à la pause repas légale du chauffeur, mais un arrêt de trois heures est un drapeau rouge.

La géolocalisation transforme une réclamation basée sur des suppositions en une enquête factuelle. Présenter au déménageur un relevé GPS avec des anomalies pointées transforme radicalement la conversation et le rapport de force.

Le système d’étiquetage en 3 couleurs qui réduit de 95% les pertes lors des déménagements au Québec

La meilleure façon de gérer une perte est de l’éviter. Si la prévention est souvent négligée, une méthode simple se démarque par son efficacité redoutable : le système d’étiquetage par code couleur. Loin d’être un simple gadget organisationnel, cette technique transforme chaque carton en une unité traçable et facilement identifiable, réduisant drastiquement les risques d’erreur de livraison ou d’oubli. Le principe est simple : assigner une couleur à chaque pièce ou catégorie de biens (par exemple, rouge pour la cuisine, bleu pour la chambre, vert pour le bureau) à l’aide de ruban adhésif de couleur, de pastilles autocollantes ou de marqueurs.

L’avantage principal de ce système est visuel. Pour les déménageurs, il est beaucoup plus rapide de repérer un « carton bleu » qu’une petite inscription manuscrite. Cela accélère le tri et le déchargement, mais surtout, cela permet un contrôle visuel immédiat. À la fin du déchargement, un simple coup d’œil permet de voir s’il manque un « rouge » dans la cuisine ou un « vert » dans le bureau. C’est un inventaire instantané qui prévient 95% des oublis dans le camion ou des livraisons à la mauvaise pièce.

Vue de trois quarts sur des cartons de déménagement avec pastilles de couleur rouge, vert et bleu organisés en pile

Au-delà de la prévention, ce système devient une arme redoutable en cas de réclamation. Une photo de vos piles de cartons colorés prise juste avant le chargement constitue une preuve visuelle puissante de ce qui a été confié au transporteur.

Étude de cas : l’étiquetage couleur comme preuve irréfutable

Une étude de Soumissions Déménageurs relate le cas d’une famille de Montréal qui avait méticuleusement numéroté et coloré ses boîtes (ROUGE-01, ROUGE-02, etc.). Après avoir constaté la disparition de trois cartons, ils ont pu présenter au déménageur des photos montrant clairement les boîtes ROUGE-04, ROUGE-07 et ROUGE-11 avant le chargement. Confrontée à cette preuve factuelle et précise, l’entreprise ne pouvait nier l’évidence. Les cartons ont été retrouvés dans leur entrepôt en moins de 24 heures. L’étiquetage avait transformé une réclamation vague (« il nous manque des boîtes de cuisine ») en une demande factuelle impossible à ignorer.

Ce système simple mais brillant fait plus qu’organiser votre déménagement : il crée une chaîne de responsabilité visuelle, protégeant vos biens à chaque étape du processus.

Pourquoi faire un inventaire hebdomadaire au Québec permet de détecter 90% des vols en moins de 7 jours

Lorsque votre déménagement implique une période d’entreposage temporaire dans un box, un nouveau risque apparaît : la disparition de biens pendant le stockage. La méthode la plus efficace pour contrer ce risque est la vigilance active, matérialisée par un inventaire régulier. L’idée de laisser ses biens pendant des semaines ou des mois sans vérification est une invitation aux problèmes. Un contrôle hebdomadaire, même rapide, change complètement la donne. Les données du secteur sont formelles : selon des analyses de tendances, jusqu’à 90% des vols en entrepôt sont détectés en moins de 7 jours grâce à un inventaire régulier.

Pourquoi cette méthode est-elle si efficace ? D’abord, elle réduit drastiquement la fenêtre d’incertitude. Si vous constatez une perte six mois après avoir stocké vos biens, il est presque impossible de prouver quand et comment elle a eu lieu. Si vous la constatez une semaine après, les pistes sont encore chaudes : les registres d’accès sont récents, les images de vidéosurveillance peuvent encore être disponibles, et les souvenirs du personnel sont plus frais.

Ensuite, un inventaire hebdomadaire a un puissant effet dissuasif. Le simple fait de vous présenter régulièrement à l’entrepôt envoie un message clair : vous êtes un client vigilant. Cela suffit souvent à décourager les individus mal intentionnés. L’inventaire n’a pas besoin d’être exhaustif à chaque fois. Une visite de 15 minutes avec une vidéo rapide de l’intérieur du box, en s’assurant que les piles de cartons n’ont pas bougé et que les objets de valeur sont toujours là, est suffisante. L’important est la régularité et la traçabilité.

Pour un maximum d’efficacité, votre processus d’inventaire doit suivre des points de contrôle clés, créant une chaîne de documentation continue depuis votre domicile jusqu’à la livraison finale.

  1. Point de contrôle 1 : Réalisez une photo ou vidéo horodatée de tous vos biens à la sortie du logement d’origine.
  2. Point de contrôle 2 : Effectuez une vérification visuelle rapide lors de l’entrée des biens dans le box d’entreposage.
  3. Point de contrôle 3 : Faites un inventaire vidéo hebdomadaire de votre box, en narrant ce que vous voyez et en filmant l’état des boîtes visibles.
  4. Point de contrôle 4 : Procédez à un contrôle complet à la sortie du box, avant que les biens ne soient chargés pour la livraison finale.
  5. Point de contrôle 5 : Validez immédiatement la réception de tous les biens à la livraison finale, en signant le manifeste de livraison seulement après vérification.

En somme, l’inventaire hebdomadaire n’est pas une contrainte, mais un acte de contrôle. Il vous permet de conserver la maîtrise de vos biens, même lorsqu’ils sont hors de votre vue.

Comment obtenir le registre d’accès de votre box au Québec pour prouver une effraction ou un accès suspect

Si vous suspectez une disparition ou une effraction dans votre box d’entreposage, le registre d’accès électronique est la preuve maîtresse. La plupart des installations de stockage modernes utilisent des codes d’accès personnels ou des cartes magnétiques pour contrôler et enregistrer chaque entrée et sortie. Ce journal numérique est une mine d’or d’informations. Il ne se contente pas de dire *qui* est entré, mais aussi *quand* et pour *combien de temps*. Vous avez légalement le droit de demander une copie de ce registre pour la période qui vous concerne.

La demande doit être formulée par écrit, de manière formelle et assertive. Ne demandez pas « si c’est possible », mais exigez la communication des informations en vertu de votre contrat de location et des lois protégeant les consommateurs au Québec. Votre demande doit être précise : spécifiez la période exacte (par exemple, du 1er au 31 mars) et les informations requises (dates, heures, codes utilisés, durée des visites). En citant la Loi sur la protection du consommateur et en fixant un délai de réponse raisonnable (par exemple, 10 jours ouvrables), vous montrez que votre démarche est sérieuse.

Une fois le registre obtenu, votre travail d’analyse consiste à repérer les « drapeaux rouges », c’est-à-dire les anomalies qui pourraient indiquer un accès non autorisé ou suspect. Ces indicateurs, une fois identifiés, deviennent des preuves tangibles à présenter à la direction de l’entrepôt et, si nécessaire, aux autorités.

Grille d’analyse des drapeaux rouges dans un registre d’accès
Type d’anomalie Indicateur suspect Action recommandée
Accès nocturnes Entrées enregistrées entre 22h et 6h Demander les enregistrements de vidéosurveillance pour cette plage horaire
Codes inconnus Utilisation de codes d’accès qui ne vous ont pas été attribués Exiger l’identification de l’utilisateur de ce code (personnel de l’entrepôt, etc.)
Durées anormales Visites de moins de 2 minutes (suffisant pour un vol rapide) Vérifier l’état de la serrure pour des signes de tentative d’effraction
Fréquence élevée Plus de 3 accès enregistrés dans la même journée sans que vous vous y soyez rendu Confronter ces accès avec votre propre agenda pour prouver que ce n’était pas vous

En complément de la demande de registre, vous devez immédiatement demander la sauvegarde des enregistrements de vidéosurveillance correspondant aux accès suspects. Ces enregistrements sont souvent conservés pour une durée limitée, d’où l’urgence d’agir vite.

Armé de ces informations, vous pouvez passer d’un simple soupçon à une démonstration factuelle d’une faille de sécurité, forçant l’entreprise d’entreposage à prendre ses responsabilités.

À retenir

  • La fenêtre de 72 heures est votre atout majeur. Une notification formelle et documentée dans ce délai maximise votre crédibilité et préserve vos droits.
  • L’obligation de résultat (Art. 2037 C.c.Q.) est le pilier de votre réclamation. Le déménageur est responsable de la perte, sauf s’il prouve une force majeure.
  • La documentation est reine. Photos, vidéos, inventaires et un journal de bord précis sont les munitions qui alimenteront votre dossier et vous mèneront à l’indemnisation.

Quelle assurance déménagement choisir au Québec selon la valeur et la nature de vos biens

Comprendre le fonctionnement des assurances est la dernière ligne de défense pour protéger la valeur de vos biens. Il est crucial de savoir que la protection de base offerte par les déménageurs au Québec est notoirement insuffisante. En vertu de la loi, cette couverture minimale est souvent fixée à un montant dérisoire. Par exemple, la protection de base légale peut être de seulement 0,60 $ par livre par article. Cela signifie qu’un téléviseur moderne de 20 livres (et d’une valeur de 1000 $) ne serait couvert qu’à hauteur de 12 $.

Face à cette réalité, plusieurs options s’offrent à vous, et le choix dépend entièrement de la valeur et de la nature de ce que vous déménagez. Il n’existe pas de solution unique, mais plutôt une stratégie à adapter à votre profil.

  • Profil Étudiant (biens de faible valeur) : Pour des meubles usagés et des biens sans grande valeur marchande, la protection minimale du déménageur, combinée à votre assurance habitation locataire (qui couvre souvent les biens en transit), est généralement suffisante. Le coût est minimal.
  • Profil Famille (biens standards) : Si vous possédez des meubles, des appareils électroniques et des biens de valeur standard, l’option de la « valeur déclarée » proposée par le déménageur est la plus judicieuse. Vous déclarez une valeur totale pour votre déménagement (ex: 50 000 $), et vous payez une prime pour cette couverture. En cas de perte ou de bris, l’indemnisation se base sur la valeur de remplacement.
  • Profil Collectionneur (biens de grande valeur) : Pour des objets d’art, des antiquités, des instruments de musique ou des collections de grande valeur, une assurance cargo complète souscrite auprès d’un courtier tiers est indispensable. Cette assurance offre une couverture spécifique à la valeur expertisée de chaque objet.

Il est aussi essentiel de vérifier les conditions de votre assurance habitation existante. De nombreux contrats incluent une clause pour les biens « hors des lieux assurés », mais souvent avec des plafonds et des conditions strictes. Un appel à votre assureur avant le déménagement peut clarifier l’étendue de votre protection.

En l’absence d’une entreprise enregistrée, la seule protection est l’assurance habitation personnelle, et encore, sous conditions strictes.

– Office de la protection du consommateur, Guide des déménagements non commerciaux

Cette décision, prise avant même de signer le contrat, est déterminante. Il est donc crucial de bien comprendre comment choisir l'assurance adaptée à la valeur de vos biens.

Choisir la bonne assurance n’est pas une dépense, c’est un investissement stratégique. C’est l’acte final qui garantit qu’en cas de problème, la perte matérielle ne se transformera pas en désastre financier.

Questions fréquentes sur la perte de biens lors d’un déménagement au Québec

Puis-je refuser de payer le déménageur si des biens sont manquants ?

Non, refuser de payer intégralement est une mauvaise stratégie qui peut se retourner contre vous. Vous devez payer la facture pour respecter votre part du contrat, puis immédiatement enclencher la procédure de réclamation formelle pour les biens manquants. Vous pouvez cependant noter sur le contrat de livraison, avant de signer, la mention « sous réserve de vérification, X boîtes manquantes ».

Le déménageur peut-il se décharger de sa responsabilité avec la clause de « force majeure » ?

L’article 2037 du Code civil du Québec stipule que le transporteur est responsable de la perte, sauf s’il prouve une force majeure (un événement imprévisible et irrésistible, comme une inondation soudaine qui emporte le camion) ou un vice propre du bien. Un simple « on ne sait pas où est la boîte » n’est pas une force majeure.

Combien de temps ai-je pour intenter une action en justice ?

Au Québec, le délai de prescription général pour une action civile, y compris une réclamation contre un déménageur, est de trois ans à compter du jour où la perte a été constatée. Cependant, il est fortement déconseillé d’attendre ; plus vous agissez vite, plus votre dossier est solide.

Rédigé par Catherine Lavoie, Catherine Lavoie est courtière en assurance commerciale et spécialiste des risques logistiques depuis 13 ans, détentrice du titre de Courtier en assurance de dommages (C.d'A.A.) délivré par la Chambre de l'assurance de dommages (ChAD) du Québec. Elle conseille actuellement des entreprises de transport et d'entreposage sur la gestion des risques et la protection optimale des marchandises en transit et en stockage.