Publié le 15 mars 2024

La fiabilité de vos prévisions au Québec ne dépend pas de l’outil, mais de votre capacité à modéliser les spécificités du marché local pour transformer vos données en avantage compétitif.

  • Intégrez les variables comportementales et saisonnières propres au Québec (météo, déménagements du 1er juillet) pour affiner vos algorithmes.
  • Structurez la collaboration entre vos équipes commerciales et logistiques via un processus S&OP (Sales & Operations Planning) pour améliorer la précision jusqu’à 30%.

Recommandation : Commencez par calculer votre MAPE (Mean Absolute Percentage Error) actuel pour établir une base de référence claire, puis identifiez les biais systématiques (trop optimistes ou pessimistes) dans vos prévisions pour les corriger.

Pour tout directeur commercial ou de la chaîne d’approvisionnement au Québec, le paradoxe est quotidien : un entrepôt qui déborde de marchandises, mais des ruptures de stock sur les produits que les clients désirent réellement. Cette situation, qui se traduit par une perte de ventes et une immobilisation excessive de trésorerie, n’est pas une fatalité. Elle est le symptôme direct d’une prévision de la demande déconnectée des réalités du marché. Souvent, la réponse semble être l’acquisition d’un nouveau logiciel ou l’adoption de modèles statistiques complexes. Pourtant, ces solutions génériques échouent si elles ne sont pas nourries par les bonnes informations.

La distinction entre planification et prévision est ici fondamentale. La prévision est un exercice analytique visant à estimer la demande future, tandis que la planification consiste à organiser les ressources (stock, personnel, transport) pour y répondre. Sans une prévision fiable, toute planification devient un pari coûteux. La véritable clé ne réside donc pas dans la complexité de l’outil, mais dans la capacité à construire un modèle prévisionnel qui intègre l’ADN économique et comportemental du Québec. Il s’agit de quantifier l’impact de facteurs uniques, des soldes de l’Après-Noël (Boxing Day) aux grands déménagements du 1er juillet.

Cet article n’est pas un catalogue de solutions logicielles. C’est un guide stratégique pour transformer votre approche de la prévision. Nous allons décomposer les variables qui influencent réellement votre demande, choisir les méthodes analytiques adaptées à votre maturité, et mettre en place les processus collaboratifs qui font passer la précision de vos prévisions d’un niveau médiocre à un véritable avantage concurrentiel. L’objectif est clair : vous donner les leviers pour ajuster vos capacités et vos stocks au plus juste, en vous appuyant sur des données et non sur l’intuition.

Pour vous guider dans cette démarche d’optimisation, nous avons structuré cet article en plusieurs étapes logiques. Vous découvrirez comment identifier les moteurs de votre demande, choisir la bonne méthode d’analyse, et mettre en place les processus d’amélioration continue pour atteindre vos objectifs de performance.

Les 8 variables qui expliquent 90% des fluctuations de demande dans le commerce de détail au Québec

Une prévision de demande robuste ne se limite pas à l’extrapolation des ventes passées. Elle s’apparente à une modélisation contextuelle qui intègre des signaux internes et externes pour anticiper les comportements d’achat. Au Québec, un marché aux spécificités marquées, ignorer ces variables revient à naviguer à l’aveugle. L’analyse de vos données historiques est un prérequis, mais elle doit être enrichie par des facteurs qualitatifs et conjoncturels pour gagner en précision. La performance de votre modèle dépendra de sa capacité à quantifier l’influence de ces différents leviers.

Pour construire une prévision fiable, il est essentiel de décomposer la demande en plusieurs strates. Il y a d’abord les facteurs internes, sur lesquels vous avez un certain contrôle. On y retrouve la disponibilité de vos produits, votre politique de prix, la qualité perçue de votre service client, et surtout, l’impact de vos propres activités promotionnelles. Parallèlement, les facteurs externes, souvent plus volatils, doivent être scrutés : la situation générale du marché, le revenu disponible des consommateurs, le taux d’emploi provincial, ainsi que les évolutions légales et réglementaires qui peuvent affecter votre secteur.

Au-delà de ces éléments classiques, l’ADN économique et culturel québécois impose de surveiller des variables plus subtiles :

  • Les tendances socioculturelles : L’émergence rapide de modes sur les réseaux sociaux peut créer des pics de demande inattendus sur certains produits.
  • La saisonnalité spécifique : Au-delà des Fêtes et du Black Friday, des événements comme le 1er juillet génèrent des besoins très ciblés (cartons, peinture, meubles).
  • Les conditions météorologiques : Un hiver particulièrement rigoureux ou, au contraire, un été pluvieux, a un impact direct sur la vente de nombreuses catégories de produits, des pneus d’hiver aux climatiseurs.
  • L’évolution des ventes passées : L’analyse des données historiques permet de dégager des tendances de fond (croissance, déclin) et des cycles récurrents.

L’enjeu n’est pas de suivre chaque variable individuellement, mais de comprendre leurs corrélations et de les intégrer dans un modèle pondéré. Cette approche permet de distinguer le « bruit » statistique des véritables signaux prédictifs, transformant un flot de données brutes en intelligence décisionnelle.

Moyenne mobile, lissage exponentiel ou IA prédictive au Québec : quelle méthode selon votre maturité data

Une fois les variables pertinentes identifiées, le choix de la méthode de prévision est une décision stratégique qui doit être alignée sur la maturité analytique de votre entreprise, la qualité de vos données et les ressources disponibles. Il n’existe pas de solution universelle ; l’outil le plus complexe n’est pas toujours le plus pertinent. L’objectif est de trouver le juste équilibre entre simplicité de mise en œuvre, coût et gain de précision. Pour de nombreuses PME québécoises, une approche progressive est la plus judicieuse.

Pour les entreprises qui débutent dans la prévision de la demande ou qui disposent de données historiques limitées, les méthodes simples sont un excellent point de départ. La moyenne mobile simple, qui calcule la moyenne des ventes sur une période récente, ou la moyenne mobile pondérée, qui accorde plus de poids aux données les plus récentes, peuvent être facilement implémentées dans un tableur comme Excel. Elles permettent de lisser les fluctuations aléatoires et de dégager une première tendance, même si leur réactivité aux changements brusques du marché est limitée.

Lorsque la qualité et le volume des données augmentent, des techniques plus sophistiquées comme le lissage exponentiel deviennent pertinentes. Cette famille de méthodes (simple, double, triple/Holt-Winters) permet de modéliser non seulement le niveau moyen, mais aussi la tendance et la saisonnalité. Ces modèles, souvent disponibles dans des logiciels de gestion spécialisés, offrent une précision supérieure et une meilleure capacité d’adaptation aux dynamiques du marché. C’est souvent l’étape intermédiaire idéale pour une entreprise en croissance.

Enfin, pour les organisations ayant atteint une haute maturité data, le recours au Machine Learning et à l’IA prédictive ouvre de nouvelles perspectives. Ces technologies peuvent analyser des ensembles de données massifs et complexes (Big Data), incluant des variables non structurées comme les tendances sur les réseaux sociaux ou les prévisions météo, pour identifier des corrélations invisibles à l’œil humain. Si ces solutions offrent le plus haut potentiel de précision, elles exigent des investissements conséquents en technologie et en compétences spécialisées.

Le tableau suivant synthétise le parcours de maturité et les outils recommandés pour chaque étape, aidant les gestionnaires québécois à se positionner et à planifier leur prochaine évolution.

Comparaison des méthodes de prévision selon la maturité data
Méthode Niveau de maturité Outils recommandés Précision attendue
Moyennes simples Débutant (Excel) Tableurs, outils basiques 60-70%
Lissage exponentiel Intermédiaire Logiciels spécialisés PME 70-80%
Machine Learning Avancé Solutions IA cloud 80-90%
IA prédictive intégrée Expert Plateformes enterprise 85-95%
Graphique abstrait montrant la progression de la maturité analytique en entreprise

Comment prévoir l’impact du Black Friday, des Fêtes et du 1er juillet sur votre demande au Québec

Les pics saisonniers représentent à la fois une opportunité majeure et un défi logistique considérable pour les entreprises québécoises. Le Black Friday, le temps des Fêtes ou la période unique des déménagements du 1er juillet peuvent générer une part substantielle du chiffre d’affaires annuel. Cependant, une mauvaise anticipation de ces pics conduit inévitablement à des ruptures de stock frustrantes ou à des surstocks coûteux une fois l’événement passé. La clé pour maîtriser ces périodes est de ne plus les voir comme des anomalies, mais comme des cycles prévisibles à modéliser avec précision.

L’analyse des données historiques est le point de départ. Il ne s’agit pas seulement de regarder les volumes de ventes totaux de l’année précédente, mais de descendre à un niveau granulaire : quelles références (SKU) ont performé ? Quel a été le calendrier exact de la montée en charge de la demande ? Les promotions passées ont-elles cannibalisé les ventes de produits non soldés ? Cette analyse fine permet de créer un profil de demande type pour chaque événement saisonnier, qui servira de base au modèle prévisionnel.

Cependant, le passé ne prédit pas toujours parfaitement l’avenir. Il est crucial d’enrichir ce modèle de base avec des facteurs qualitatifs. Le plan marketing de l’année en cours (promotions plus ou moins agressives), les actions prévues par la concurrence, et la conjoncture économique générale (confiance des consommateurs) sont autant de variables qui peuvent moduler la demande. C’est ici que la collaboration entre les équipes marketing, ventes et supply chain devient essentielle pour partager les informations et ajuster les hypothèses.

Étude de cas : La gestion collaborative des pics saisonniers

Pour éviter l’effet « coup de fouet » – où une petite variation de la demande client entraîne d’énormes fluctuations en amont de la chaîne logistique – de plus en plus d’entreprises adoptent des approches collaboratives comme le CPFR (Collaborative Planning, Forecasting, and Replenishment). Cette méthode consiste à intégrer les fournisseurs et les distributeurs clés directement dans le processus de prévision. En partageant les prévisions de ventes et les plans promotionnels, l’ensemble des acteurs peut planifier de manière synchronisée les activités de production, de stockage et de distribution, assurant une disponibilité optimale des produits sans engorger la chaîne d’approvisionnement.

En somme, prévoir l’impact d’un pic saisonnier n’est pas un exercice de divination, mais une science qui combine l’analyse quantitative du passé avec une intelligence qualitative et collaborative du présent. C’est cette approche intégrée qui transforme un risque en avantage compétitif.

Pourquoi vos prévisions au Québec s’améliorent de 30% quand ventes et supply chain collaborent

L’un des freins les plus courants à la fiabilité des prévisions ne se trouve pas dans les algorithmes, mais dans les silos organisationnels. Traditionnellement, l’équipe commerciale produit des prévisions optimistes pour atteindre ses objectifs, tandis que l’équipe logistique, soucieuse des coûts de stockage, tend à les revoir à la baisse. Ce désalignement chronique génère des biais systématiques et coûteux. La solution réside dans la mise en place d’un processus structuré de planification des ventes et des opérations (S&OP), qui force ces deux mondes à parler le même langage et à s’accorder sur un seul et même chiffre.

Le S&OP n’est pas une simple réunion. C’est un cycle de décision mensuel qui vise à équilibrer l’offre et la demande. Le processus commence par la collecte de données brutes : ventes passées, pipeline commercial, informations du terrain remontées par les vendeurs. Ensuite, les équipes de prévision enrichissent ces données avec des modèles statistiques pour produire une première version de la demande non contrainte. C’est lors des réunions S&OP que la magie opère : les équipes commerciales, marketing, financières et logistiques confrontent cette prévision statistique à la réalité du marché, aux plans promotionnels et aux contraintes de production ou d’approvisionnement.

Cette intelligence collaborative est la clé. L’équipe commerciale peut, par exemple, informer que la signature d’un nouveau gros client n’est pas encore visible dans les données historiques. Le marketing peut quantifier l’impact attendu d’une nouvelle campagne. La logistique peut alerter sur les retards d’un fournisseur majeur. En consolidant toutes ces informations, le groupe peut s’accorder sur un plan de demande consensuel. Selon les retours d’expérience des entreprises ayant implémenté cette approche, la mise en place d’un processus S&OP robuste permet d’améliorer significativement la précision des prévisions, souvent de 20 à 30%.

Mettre en place un tel processus demande de la discipline et des outils adaptés, mais le retour sur investissement est rapide et tangible. Voici un plan d’action pour débuter.

Votre plan d’action pour un S&OP performant au Québec

  1. Collecte des données : Rassemblez les insights qualitatifs (terrain) et quantitatifs (ventes) de toutes les sources de données internes.
  2. Intégration externe : Enrichissez vos données avec des informations externes pertinentes pour le Québec (tendances du marché, études sur la concurrence, indicateurs économiques).
  3. Consolidation : Combinez ces données avec vos informations internes clés (périodes de forte affluence, historique des promotions, analytique web).
  4. Analyse avancée : Utilisez l’analytique et, si possible, le machine learning pour traiter ces ensembles de données et générer une prévision de base objective.
  5. Alignement et engagement : Partagez cette prévision avec toutes les parties prenantes (ventes, marketing, finance, opérations) lors d’une réunion S&OP mensuelle pour l’ajuster et valider un plan de demande consensuel.

Comment faire passer votre MAPE de 35% à 15% au Québec en 12 mois d’amélioration continue

On ne peut améliorer que ce que l’on mesure. Dans le domaine de la prévision, l’indicateur de performance roi est le MAPE (Mean Absolute Percentage Error). Il mesure, en pourcentage, l’écart moyen entre vos prévisions et les ventes réelles. Un MAPE de 35% signifie qu’en moyenne, votre prévision est erronée de 35%, que ce soit à la hausse ou à la baisse. Passer de 35% à 15% est un objectif ambitieux mais réaliste pour une entreprise québécoise qui met en place une démarche d’amélioration continue sur 12 mois.

Vue macro détaillée d'un tableau de bord avec indicateurs de performance colorés

La première étape est de calculer votre MAPE de référence. Cela implique de collecter vos prévisions passées et de les comparer aux ventes réelles pour la même période, au niveau de granularité le plus fin possible (par produit, par région, etc.). Ce chiffre initial, même s’il est élevé, est votre point de départ. L’étape suivante consiste à analyser la nature de l’erreur. Le biais prévisionnel (Forecast Bias) est un indicateur complémentaire crucial : indique-t-il si vous avez une tendance systématique à être trop optimiste (biais positif) ou trop pessimiste (biais négatif) ?

Une fois les KPIs établis, le cycle d’amélioration commence :

  • Trimestre 1 : Nettoyage et segmentation. Concentrez-vous sur la qualité de vos données historiques. Identifiez et corrigez les anomalies (ventes exceptionnelles non récurrentes). Segmentez vos produits (classification ABC) pour prioriser vos efforts sur les articles à plus forte valeur (Classe A).
  • Trimestre 2 : Amélioration du modèle de base. Testez différentes méthodes statistiques (moyenne mobile, lissage exponentiel) sur vos données nettoyées et choisissez celle qui donne le meilleur MAPE pour chaque segment de produits.
  • Trimestre 3 : Intégration de l’intelligence collaborative. Mettez en place le processus S&OP. Mesurez l’impact de l’enrichissement qualitatif (informations du terrain, plans marketing) sur la réduction du MAPE et du biais.
  • Trimestre 4 : Optimisation et revue. Analysez les erreurs résiduelles. Sont-elles liées à des promotions spécifiques ? À certains clients ? Affinez vos modèles en intégrant ces nouvelles variables. Le rôle du Demand Planner est ici central pour orchestrer cette amélioration continue.

Cette approche itérative et disciplinée transforme la prévision d’un exercice ponctuel en un processus d’apprentissage organisationnel. Chaque erreur devient une opportunité de raffiner le modèle, menant progressivement à une réduction drastique du MAPE et, par conséquent, à une optimisation des stocks et du service client.

Pourquoi vos stocks physiques au Québec ne correspondent jamais à votre système informatique et comment corriger

Vous pouvez avoir le système de prévision le plus sophistiqué au monde, si la donnée de stock sur laquelle il s’appuie est fausse, toutes vos décisions seront erronées. L’écart entre le stock théorique (dans votre ERP ou WMS) et le stock réel (dans les étagères de l’entrepôt) est un problème endémique. Ces écarts proviennent de multiples sources : erreurs de réception, vols, produits endommagés non déclarés, erreurs de préparation de commande… Accumulés, ils rendent toute planification fiable impossible et peuvent même avoir des conséquences légales.

En effet, au-delà de l’impact opérationnel, la fiabilité des stocks est une obligation comptable. En France par exemple, selon les obligations légales en vigueur dans le Code de Commerce, un inventaire physique complet est exigé au minimum une fois par an pour valoriser correctement les actifs de l’entreprise. Bien que les réglementations puissent varier, ce principe de vérification annuelle est une pratique comptable standard au Canada également. Cependant, attendre la fin de l’année pour découvrir des écarts massifs est une stratégie réactive et inefficace. Cela force à des arrêts d’exploitation coûteux et ne permet pas d’identifier les causes profondes des erreurs.

Solution : L’inventaire tournant (ou cyclique)

La méthode la plus efficace pour maintenir une haute fiabilité des stocks est l’inventaire tournant. Au lieu d’un grand inventaire annuel, cette approche consiste à compter et vérifier de petites sections de l’entrepôt de manière continue tout au long de l’année. Par exemple, les produits de classe A (haute rotation/valeur) peuvent être comptés tous les mois, ceux de classe B tous les trimestres, et ceux de classe C une fois par an. Cette méthode offre une visibilité quasi permanente sur l’état des stocks, permet de détecter rapidement les écarts et d’enquêter sur leurs causes racines au moment où ils se produisent. Les solutions logicielles modernes facilitent grandement ce processus en automatisant le comptage des entrées et sorties, et en suggérant les zones à inventorier.

La mise en place d’un inventaire tournant discipliné est un investissement fondamental. Elle transforme la gestion des stocks d’un exercice de correction annuel à un processus de contrôle qualité continu. C’est la seule façon de garantir que les données de votre système reflètent la réalité du terrain, fournissant ainsi une base saine et fiable pour vos prévisions de demande et vos plans de réapprovisionnement.

Stock de sécurité au Québec : comment calculer le bon niveau pour couvrir 95% des aléas sans immobiliser trop de cash

Même avec la meilleure prévision du monde, une part d’incertitude demeure. La demande des clients peut fluctuer de manière imprévisible, et les délais de livraison de vos fournisseurs peuvent varier. Le stock de sécurité est le tampon conçu pour absorber ces deux sources de variabilité et protéger votre entreprise contre les ruptures de stock. Cependant, son calcul ne doit pas être le fruit du hasard ou d’une « règle du pouce ». Un stock de sécurité trop bas expose au risque de perdre des ventes, tandis qu’un niveau trop élevé immobilise inutilement de la trésorerie et augmente les coûts de stockage.

Le calcul du stock de sécurité est donc un arbitrage stratégique entre le niveau de service client et le coût d’immobilisation du capital. Il est impossible et non rentable de viser un niveau de service de 100% pour tous les produits. La méthode de classification ABC est ici essentielle pour différencier votre stratégie :

  • Articles A (haute valeur/rotation) : Ce sont vos produits les plus importants. Une rupture de stock est très coûteuse. On visera un niveau de service très élevé (ex: 99%), ce qui implique un stock de sécurité plus important.
  • Articles B (valeur moyenne) : Un niveau de service standard (ex: 95%) est généralement suffisant. Le stock de sécurité sera modéré.
  • Articles C (faible valeur/rotation) : Le coût d’une rupture est faible comparé au coût de stockage. On peut accepter un niveau de service plus bas (ex: 85%) et donc maintenir un stock de sécurité minimal, voire nul.

Le tableau suivant illustre cet arbitrage, qui doit être au cœur de votre politique de gestion des stocks.

Niveaux de service cibles par classification ABC
Classification Importance Niveau de service cible Stock de sécurité
Articles A Haute valeur/rotation 99% Élevé
Articles B Valeur moyenne 95% Modéré
Articles C Faible valeur 85% Minimal

Une fois le niveau de service cible défini par produit, le calcul du stock de sécurité (SS) peut être formalisé. Une formule statistique courante est : SS = Z × σD × √LT, où Z est le facteur de service (dérivé du niveau de service cible), σD est l’écart-type de la demande (la volatilité des ventes), et LT est le délai de livraison moyen. Il est crucial d’intégrer également la variabilité des délais de livraison de vos fournisseurs (√σLT²). Un fournisseur peu fiable nécessite un stock de sécurité plus élevé. Ce calcul doit être dynamique et révisé périodiquement (ex: trimestriellement) pour s’ajuster aux performances réelles de la demande et des fournisseurs.

À retenir

  • La fiabilité de vos prévisions dépend de l’intégration des variables spécifiques au Québec (saisonnalité, économie locale).
  • La collaboration structurée via un processus S&OP est le levier le plus puissant pour améliorer la précision de la prévision (jusqu’à 30%).
  • Le calcul du stock de sécurité n’est pas une simple formule, mais un arbitrage stratégique entre le niveau de service client et l’immobilisation de trésorerie, guidé par la classification ABC.

Comment coordonner 20 fournisseurs différents au Québec pour recevoir au bon moment sans saturer votre quai

Une prévision de demande et un plan de réapprovisionnement parfaits peuvent être complètement ruinés par une mauvaise exécution logistique au dernier kilomètre : la réception des marchandises. Coordonner de multiples fournisseurs, chacun avec ses propres contraintes et horaires, peut rapidement transformer votre quai de réception en un goulot d’étranglement chaotique. Des camions qui attendent des heures, des réceptions non planifiées qui monopolisent les équipes, des livraisons partielles… tout cela génère des coûts cachés, des retards et des erreurs de stock avant même que les produits n’atteignent les étagères.

La clé pour maîtriser ce flux entrant est la visibilité et la planification. Il est impératif de passer d’un mode réactif (subir les arrivées des transporteurs) à un mode proactif (orchestrer les arrivées). La mise en place d’un système de prise de rendez-vous pour les livraisons (Dock Scheduling) est la solution la plus efficace. Même pour une PME, cela ne requiert pas nécessairement un logiciel coûteux. Un système simple peut être mis en place avec des outils collaboratifs.

Voici les piliers d’un système de gestion de quai efficace :

  • Calendrier partagé : Utilisez un outil simple comme Google Calendar ou Calendly pour définir des créneaux de livraison disponibles. Chaque fournisseur doit réserver son créneau à l’avance (ex: 48h minimum).
  • Règles claires : Définissez des créneaux horaires spécifiques par type de fournisseur (ex: les gros volumes le matin, les plus petits l’après-midi) ou par type de marchandise pour optimiser l’utilisation des équipements de manutention.
  • Communication et responsabilisation : Communiquez clairement les règles de réservation et mettez en place un système simple de suivi de la performance (OTIF – On-Time, In-Full). Envisagez des pénalités pour les non-respects répétés ou des bonus pour les fournisseurs les plus fiables.

Comme le souligne un spécialiste, la collaboration est au cœur de l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement. Dans ce contexte, Logistichain, une source d’expertise en la matière, met en avant que « en travaillant ensemble, les partenaires commerciaux peuvent améliorer la précision des prévisions et réduire les risques d’erreurs de communication ». Cette philosophie s’applique parfaitement à la coordination des quais.

En travaillant ensemble, les partenaires commerciaux peuvent améliorer la précision des prévisions et réduire les risques d’erreurs de communication.

– Spécialiste supply chain, Logistichain

En orchestrant les flux entrants, vous ne faites pas que désengorger votre quai. Vous améliorez la productivité de vos équipes, vous réduisez les erreurs de réception, et vous assurez que les stocks sont disponibles plus rapidement pour la vente. C’est l’étape finale qui concrétise tous les efforts de prévision et de planification réalisés en amont.

Pour transformer ces principes en résultats tangibles, l’étape suivante consiste à auditer vos processus actuels et à choisir la méthode prévisionnelle adaptée à votre maturité afin de bâtir un plan d’action concret.

Questions fréquentes sur la prévision de demande au Québec

Quelle est la première étape pour améliorer la précision des prévisions?

La toute première étape est de vous assurer de la qualité de vos données. Il faut commencer par nettoyer et structurer les données de ventes historiques. Ensuite, calculez votre MAPE (Mean Absolute Percentage Error) de base pour établir un point de référence objectif avant d’implémenter la moindre amélioration. Sans ce benchmark, il est impossible de mesurer les progrès.

Comment identifier les causes de biais dans les prévisions?

Pour identifier les causes de biais, il faut analyser systématiquement si vos prévisions sont majoritairement trop optimistes ou trop pessimistes. Ensuite, segmentez cette analyse pour identifier des schémas récurrents : le biais est-il plus fort avec un vendeur en particulier ? Est-il lié à un certain type de promotion ? Concerne-t-il une catégorie de produit spécifique ? Cette analyse par pattern révèle les causes profondes des erreurs.

Quel est le rôle du Demand Planner dans l’amélioration continue?

Le Demand Planner (ou prévisionniste de la demande) occupe l’une des positions les plus stratégiques de la chaîne d’approvisionnement. Son rôle n’est pas seulement de produire un chiffre, mais d’agir comme un chef d’orchestre. Il est responsable de l’alignement entre les données brutes, les outils statistiques et les insights qualitatifs des équipes (ventes, marketing). C’est lui qui pilote le processus S&OP et qui est le garant de la démarche d’amélioration continue des prévisions.

Rédigé par Luc Gagnon, Luc Gagnon est directeur logistique et supply chain depuis 16 ans, diplômé en gestion de la chaîne logistique de l'ÉTS et certifié CPIM par l'APICS. Il dirige actuellement les opérations de distribution pour une entreprise de commerce électronique québécoise traitant 15 000 commandes hebdomadaires, avec une expertise pointue en optimisation des flux, prévision de la demande et gestion d'entrepôt.